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“Taming” means creating bonds

« Apprivoise-moi » avait dit le Renard au Petit Prince, mais l’enfant ne comprit pas tout de suite ce que le canidé voulait dire. « Apprivoiser veut dire, créer des liens » expliqua le Renard. Et ces mots ont transcendé le temps et l’espace depuis la littérature jusqu’à l’engagement de Selma auprès de ses Grandes Amies.

Selma est une enseignante à la retraite vive et éloquente de la région de Gatineau. Passionnée des livres, elle connaît des histoires à raconter par millier et la sienne est magnifique. Chaque chapitre de sa générosité et sa présence auprès des personnes aînées isolées de sa région est une définition plus juste de ce que veut dire « créer des liens ». Toute l’importance d’une rencontre et l’attente d’un rendez-vous avec sa Grande Amie du moment. Savoir être à l’heure, au même endroit, le même jour à chaque semaine.

Peu avant la pandémie, Selma a joint l’équipe de bénévoles des Petits Frères. Elle a toujours cru en l’importance et les bienfaits du bénévolat. Le don de soi ne lui est pas étranger et ce, depuis des années à tendre une main aidante vers l’autre. Mais le bénévolat auprès des Grandes Amies et Grands Amis est unique et pourvu de tant de richesse.

Selma nous partage une perspective poétique du milieu de vie de sa Grande Amie Lynda, dans un CHSLD et ses propos résonnent encore comme un écho puissant au sommet de nos songes : « Nous formons une belle équipe avec le personnel soignant du CHSLD : eux maîtrisent les soins médicaux administrés auprès des patients, ils prennent grand soin d’eux et nous, les bénévoles, par notre présence et notre engagement, on les accompagne pour soigner le cœur et apaiser la tête des personnes aînées ».

Elle s’empresse d’ajouter : « on n’est pas là pour dire quoi faire à nos Grands Amis, mais avoir du « fun », apporter de la joie! Surtout de la joie sans contrainte », précise-t-elle avec conviction. Aller à la rencontre d’une personne aînée et la voir telle qu’elle est, là où elle se trouve, sans résistance, sans vouloir donner une leçon. C’est un beau défi d’ouverture et de bienveillance.

« Tout le monde a des vies extraordinaires, s’exclame-t-elle, et de prendre le temps de connaître une personne qui a plein de choses à raconter, c’est riche pour tous les âges. »N’est-ce pas ce que le Renard disait au Petit Prince : « On ne connaît que les choses que l’on apprivoise (…) » Selma, sans même s’en apercevoir, ponctue la conversation de petits détails constituant la vie de Magella, sa première Grande Amie, puis, celle de Lynda, sa seconde, que seules deux personnes ayant créé un lien solide et intime puissent connaître : leurs lectures préférées, les opinions politiques, le son d’un éclat de rire, l’enfance, les amours perdues, le combat contre le cancer, une passion pour les phares, les chevaux, un dégoût pour les mangues…

Elle explique que le concept du bénévolat des Petits Frères représente une structure solide, facile et engageante même pour une personne bien occupée. C’est une formule qui consiste en une rencontre par semaine, un appel même peut suffire et qui fait toute la différence dans la vie des personnes aînées. Encore plus dans celle des bénévoles. L’idée d’un « rendez-vous » hebdomadaire, qui demande qu’on se déplace pour aller à la rencontre d’un contact humain significatif, permet aux deux parties de vivre un moment hors du temps. Le Renard au Petit Prince disait qu’il fallait consacrer une place dans nos vies à des rituels : « Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures je commencerai à être heureux. À quatre heures, déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai; je découvrirai le prix du bonheur! Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur. »

On ne peut qu’imaginer la hâte qui ait pu s’agiter dans les cœurs de Magella et de Lynda, quand Selma entrait dans la chambre. Toutes les poussières de solitude accumulées sur les jours passés s’époussettent soudainement en un petit « bonjour » et le temps de s’intéresser à l’autre. « C’est riche pour les personnes âgées, mais aussi pour nous, ajoute Selma, se préparer à un rendez-vous, un vrai échange, ça permet comme une structure de quelque chose. »

Faire de ces visites un rituel sacré. N’est-ce pas là, une fortune! Merci Selma de nous avoir si bien raconté les doux chapitres de ton histoire.

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